Actualité : Les dangers du gaspillage de médicaments non utilisés ou périmés

0
72

En France, 3,1 milliards de boîtes de médicaments sont vendues en pharmacie chaque année, soit environ 48 boîtes de médicaments par personne et par an, selon un rapport de l’Agence nationale du médicament. Mais, au-delà de la consommation, il existe un gaspillage important lorsque les malades se débarrassent parfois de boîtes entières, à peine entamées ou souhaitent les garder sans les utiliser dans leur armoire à pharmacie.

Un rapport de l’Igas* publié en 2005 indique ainsi que les surplus de médicaments trouvent principalement leur origine dans une prescription excessive et une faible observance. « On peut estimer que près d’un médicament remboursé sur deux n’est pas pris. », expliquent les auteurs. En France, l’association Cyclamed collecte les médicaments inutilisés et rapportés dans les officines et sensibilise les consommateurs sur l’importance de ce geste.

Selon ses chiffres, ce sont 12 108 tonnes de comprimés qui ont été récupérées auprès des pharmacies en 2015, auxquelles il faut ajouter les centaines de kilos partis dans les déchets ménagers ou dans les éviers. Ce qui n’est pas sans conséquences pour la santé ou l’environnement. Car le premier risque des médicaments concerne l’automédication, qui peut être une source importante de dangers en cas de réutilisation d’un comprimé prescrit préalablement.

Des risques potentiels de confusion médicamenteuse

Anxiolytiques, antibiotiques, anti-inflammatoires, l’usager peut en effet se constituer un stock de ces médicaments loin d’être anodins et déconseillés en terme d’automédication. « C’est dangereux car les enfants peuvent se servir ou les personnes âgées peuvent se tromper, confondre leur traitement. Chez soi, il faut juste garder des antalgiques légers et du désinfectant. », explique à Santé Magazine le Dr Pierre Souvet, président de l’Asef**, qui a lancé l’opération « rapportez vos médicaments non utilisés à votre pharmacie ».

Sur le sujet, l’association Cyclamed précise notamment que les médicaments représentent plus d’une intoxication sur deux chez les enfants (80% des cas pour les enfants de 1 à 5 ans). Outre les risques d’intoxications, il ne faut pas oublier que les médicaments contiennent des molécules chimiques qui peuvent être potentiellement dangereuses pour l’environnement s’ils sont jetés dans les toilettes ou dans la nature. Ils sont ainsi susceptibles de polluer les eaux de surface et souterraines.

« Même à de très faibles concentrations, ces résidus ont une activité biologique, susceptible d’avoir des effets sur les organismes: poissons, mollusques, micro-organismes, algues… », précise l’Asef. Mais pas seulement: « la contamination des eaux nous concerne puisqu’elle peut avoir des répercussions sur notre santé. », ajoute le Dr Pierre Souvet. Face à ce constat, l’association se prononce pour la vente de médicaments à l’unité qui « va permettre de remédier à cette pratique. »

Des tampons encreurs pour faire passer le message

Cette dernière est souvent citée comme un facteur possible de bon usage et de réduction du gaspillage et faisait partie des promesses de campagne d’Emmanuel Macron. L’ancienne ministre de la Santé Marisol Touraine a d’ailleurs lancé une expérimentation en 2014:  la délivrance de quatorze substances antibiotiques à l’unité avec le nombre exact d’unités nécessaires à la durée du traitement. Une centaine de pharmacies se sont portées volontaires dans les quatre régions (Limousin, PACA, Lorraine, Île de France).

« Cette pratique a permis moins de gaspillage dans les pays qui l’ont adopté et peut favoriser des économies. Certes, elle apporte plus de travail aux pharmaciens, il faudrait en discuter avec eux pour savoir comment leur faciliter cette tâche. », estime le Dr Jouvet. Avec l’opération « rapportez vos médicaments non utilisés à votre pharmacie », l’Asef souhaite donc à son tour sensibiliser le public sur cette thématique via leurs médecins membres.

Elle a pour cela créé des tampons encreurs qui seront distribués aux généralistes et spécialistes qui pourront l’apposer sur chaque ordonnance. « Ce geste éco-citoyen est connu mais ce rappel a plus d’impact sur le public si c’est le médecin qui fait passer le message », ajoute-t-il. Les patients sont ainsi invités à jeter les emballages en carton et les notices en papier dans la poubelle du tri sélectif et à rapporter les médicaments non utilisés (périmés ou non, entamés ou non) au pharmacien.

Ces médicaments concernent les comprimés, gélules, pommades, crèmes, gels, sirops ou encore les ampoules. Il est aussi possible de ramener les suppositoires et ovules, patchs et les dispositifs comme les aérosols, spray et inhalateurs. En revanche, les aiguilles, seringues, produits chimiques et vétérinaires, thermomètres et cosmétiques ne seront pas acceptés. L’ensemble de ces médicaments est ensuite incinéré, une pratique considérée comme le seul mode d’élimination satisfaisant.

*Inspection générale des affaires sociales
**Association Santé Environnement France

SHARE

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here