Actualité : Alimentation : réduire les inégalités sociales de santé avec le projet Opticourses

0
62

Les aliments les moins chers sont souvent les plus caloriques et les moins riches en nutriments essentiels, ce qui rend plus difficile pour une personne soumise à de fortes contraintes budgétaires la réalisation de l’équilibre nutritionnel. Or selon sa qualité, l’alimentation est un facteur de protection de la santé ou, à l’inverse, de développement de pathologies les plus fréquentes: divers cancers, maladies cardiovasculaires, diabète, obésité…

En France, depuis une dizaine d’années, la prévalence de l’obésité stagne avec une moyenne de 17% chez les adultes et de 4% chez les enfants, mais les inégalités sociales, elles, tendent à augmenter comme l’explique le ministère de la Santé. Selon ses chiffres, près de 24% des enfants de parents ayant un niveau d’étude inférieur au niveau bac sont en surpoids ou obèses contre moins de 9% lorsque les parents ont un niveau licence ou plus.

« Il y a une véritable courbe linéaire en ce qui concerne la relation entre le niveau de revenu et le risque d’obésité. », affirme Nicole Darmon, chercheuse à l’Inra. De fait, est-il possible d’améliorer l’approvisionnement alimentaire de personnes avec des difficultés financières, en tenant compte de la qualité nutritionnelle et du prix des aliments? La réponse est oui et c’est ce qu’ont démontré des chercheurs de l’Inra et d’Aix-Marseille Université dans le cadre du programme « Opticourses ».

Un programme à but éducatif

Ce dernier est fondé sur une recherche interventionnelle et participative et a été initié en 2010 par des chercheurs de l’unité « Nutrition, obésité et risque thrombotique » dans les quartiers Nord de Marseille et ses premiers résultats viennent d’être publiés dans la revue Current developments in nutrition. Dans une première phase de la recherche (2011-2012), un échantillon de 96 habitants a participé à la co-construction des outils d’intervention et d’évaluation de ce programme basé sur les achats réels des personnes.

« Le but est de créer une dynamique de groupe où les participants sont parties prenantes pour trouver des astuces afin de bien manger avec un budget serré.« , précise Nicole Darmon. « On est parti d’un problème quotidien, en collectant leurs tickets de caisse. Manger avec un budget qui correspond à 3,5 euros par jour est difficile mais ce n’est pas impossible si on a le savoir faire pour chercher les aliments au bon rapport prix/qualité nutritionnelle.« 

Puis, dans une seconde phase (2013-2014), la recherche proprement dite a été réalisée avec 93 habitants et son impact a été évalué sur 35 personnes et 23 personnes témoins n’ayant pas participé au programme. « Opticourses » consiste en cinq ateliers collectifs de deux heures, espacés de 15 jours chacun, basés sur des activités ludiques et concrets autour des pratiques d’achats alimentaires sur la qualité nutritionnelle et le prix des aliments.

Le type d’aliments achetés change

Ces dernières s’appuient en particulier sur les tickets de caisse que les participants sont invités à consigner pendant un mois ou encore sur un livret « prix-seuil » présentant des aliments de bonne qualité nutritionnelle et leur bon prix à ne pas dépasser. « Il y a par exemple une séance de dégustation à l’aveugle pour lever les a priori sur certains produits selon les marques disponibles en rayons (discount, de distributeur, nationale). », ajoute Nicole Darmon.

L’impact de ces ateliers sur les comportements d’achat a été évalué à l’aide d’un jeu dans lequel il est demandé aux participants de faire une liste de courses pour leur foyer pour deux jours, en s’aidant d’un catalogue présentant les photos de 300 produits et leurs prix. Les résultats ont montré une diminution des calories achetées (3385 vs 5114 kilocalories par jour et par personne) sans augmentation du budget, alors que cette diminution n’est pas observée chez les personnes témoins.

« Les participants ont consacré moins d’argent pour la viande rouge au profit de la viande blanche et se sont mis à manger du poisson en boîte ou surgelé. Pour un même budget, l’achat de fruits et de légumes a augmenté et celui de produits sucrés a baissé, l’habitude la plus importante pour rééquilibrer son alimentation. Mais il ne s’agit pas d’un régime, ce qui fait que cette méthode peut durer. », souligne la chercheuse. « Par ailleurs, elle permet de valoriser le savoir-faire des participants, un autre avantage. »

Avant de confirmer ces résultats, l’Inra précise que la persistance de ces changements au-delà du dernier atelier devra faire l’objet d’une étude ultérieure. Par ailleurs, les informations recueillies au cours du projet serviront à l’avancée des connaissances en nutrition et santé publique. Il est encore trop tôt pour parler d’une application nationale mais la diffusion du programme dans le réseau des villes « Vivons en Forme » est actuellement à l’essai, notamment dans le nord de la France.

SHARE

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here