Actualité : « Signalement-Tique » : que révèlent les premiers données de l’application ?

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Mi-juillet, l’Inra* lançait une application smartphone gratuite et inédite pour mieux prévenir la maladie de Lyme et les autres maladies transmissibles par les tiques. Premier vecteur de maladies animales dans le monde et deuxième vecteur pour les maladies humaines après le moustique. L’application « Signalement Tiques », le ministère de la Santé, consiste à faire appel aux volontaires qui souhaitent participer à ces recherches grâce à une collecte d’informations sans précédent.

Cette dernière permet de déclarer sa piqûre ou celle de son animal domestique, la géolocaliser, transmettre une photo et même envoyer les tiques aux équipes scientifiques. Un mois et demi après son lancement, les premiers chiffres ont été dévoilés par l’Inra, dont la fréquence de téléchargements au nombre de 20 523. Surtout, un peu plus de 2560 piqûres de tiques ont été signalées sur cette période chez les Hommes avec des densités plus fortes dans le Grand Est, la Bretagne, les Pyrénées et le Centre.

508 piqûres de tiques ont aussi été signalées chez les animaux domestiques, notamment les chats et les chiens. Au total l’application a recensé 20 à 50 signalements par jour. Des chiffres qui témoignent d’une « grande volonté de participation » selon Jean-François Cosson, chercheur Inra et coordonnateur du projet. « On voulait atteindre le plus de gens possible. Cela montre qu’une telle application était attendue et un besoin de contact entre les citoyens et les scientifiques. » affirme ce dernier à Santé Magazine.

Un risque bien présent dans les jardins privés

Si le chercheur n’a pas établi d’estimations avant de lancer l’application, il considère que ces chiffres ne représentent néanmoins « qu’une infime partie des gens qui se font piquer tous les jours, moins de 10%. » Les données montrent également que le taux de piqûres est plus élevé pour les moins de 5 ans et entre 20 et 40 ans. Quant aux lieux les plus évoqués, les massifs forestiers arrivent sans surprise à la première place avec 47% des signalements.

Mais, plus surprenant, les jardins privés arrivent en seconde position avec 30% des signalements, derrière les prairies (11%). « Une donnée extrêmement intéressante qui représente un levier d’action en termes de prévention. », atteste le chercheur. En effet, les risques de piqûres de tiques sont bien connus lors des activités en pleine nature, notamment les randonnées en fôret, de même pour les gestes de prévention à appliquer.

Ces derniers consistent à porter des vêtements longs, rester sur les chemins, mettre des répulsifs et bien s’inspecter. « Mais quand on est dans notre jardin, on prend moins de précaution alors que cela montre qu’il faut faire autant attention, notamment pour les enfants. », ajoute Jean-François Cosson. Les personnes qui téléchargent l’application ayant également la possibilité d’envoyer les tiques, 150 ont été reçues au laboratoire Tous Chercheurs de Nancy, sous tutelle de l’Inra.

Faire évoluer la prévention

Le but ? Mieux connaître les agents pathogènes qu’elles transmettent et donc de mieux les combattre. Plus largement, les données collectées serviront à apporter des éléments de réponse à de nombreuses questions: peut-on se faire piquer en hiver et en été alors que les périodes propices sont le printemps et l’automne ? Y a-t-il des heures où les tiques sont plus actives ?  Quels sont les agents pathogènes les plus présents ? Dans quelles régions ?

A termes, les promeneurs pourront par exemple disposer de cartes de présence de tiques en plus des informations de prévention dont ils disposent déjà (comment enlever une tique sans risque…). Il faudra néanmoins attendre un peu avant de voir l’application évoluer significativement. « Les gens qui participent sont dans l’attente mais les chiffres sont bruts il faut prendre le temps de les analyser. », indique Jean-François Cosson.

Celui ajoute: « Des sociologues se penchent par exemple sur les données qui concernent les tranches d’âge les plus piquées. On a besoin de beaucoup de données et dans deux ou trois ans nous pourrons mettre au point des modèles mathématiques pour établir des risques en fonction du paysage et de la météo pour avertir les citoyens. » En attendant, l’Inra diffusera tous les deux mois les chiffres de l’application, qui serviront également à d’autres projets d’études menés dans ce domaine.

Ces derniers concernent la maladie de Lyme, mais pas que. « Ces données sont publiques, on veut qu’elles servent au maximum. » affirme le chercheur. Quant à l’application, « nous travaillons tous les jours pour l’améliorer. » Ce dernier a notamment reçu des demandes pour mettre au point une version anglaise pour les étrangers venant en France. « Plus les signalements seront effectués et les tiques envoyées, plus on aura des données pour faire évoluer la prévention. », conclut-il.

*Institut national de la recherche agronomique

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